Jeudi le 28 août 2008   


ACCUEIL
PROGRAMMATION
PROMOTIONS ET CONCOURS
ÉVÉNEMENTS
NOUVELLES
CONTACT
Remplir la recherche









SONDAGE
Bouchard en parle

Seriez-vous d’accord a exporter notre eau potable?

Veuillez patientez...



BLOGUES 933 : Gilles Parent - Le Retour
Les liens du 26 juin 2008 26 juin 2008

Un apprenti aux commandes de cet hélicoptère?

Des sculptures dans le melon d'eau! (Un exemple:)

La table de salon la plus cool au monde? (Si elle vous intéresse vous pouvez en commander ici)

 

The Fly : L'opéra (ce n'est même pas une blague)

Un screen saver à partir de vos albums musicaux (et gratuitement)

Ma critique de Cruising Bar 2

Changeons-nous les idées  de la météo avec quelques covers de Sports Illustrated Swimsuit (et votez pour le top 10)

Opinion minoritaire de Michel Morin du CRTC concernant la décision d'accorder la license de TQS à Remstar:

Opinion Minoritaire du conseiller Michel Morin

  TQS-REMSTAR DIFFUSION, l’exception du système canadien de radiodiffusion
  En renouvelant la licence de TQS-Remstar Diffusion pour une période de sept ans en 2008, le Conseil accorde une exception importante qui risque de causer un préjudice à l’ensemble du système canadien de radiodiffusion.
  En effet, alors qu’ils seront tenus de renouveler leur licence en 2009, les autres diffuseurs pourraient lors des prochaines audiences, invoquer la programmation que TQS met désormais de l’avant – soit l’absence de nouvelles de catégorie 1 aux heures de grande écoute de 12 h, 18 h et après 22 h – en faisant valoir les mêmes raisons que TQS afin de se soustraire à leurs engagements de produire des bulletins de nouvelles aux heures de grande écoute.
  Manifestement, la proposition du télédiffuseur en direct montréalais tire le système canadien de radiodiffusion vers le bas dans l’une de ses composantes essentielles : l’information.
  Jamais n’aura-t-on vu dans l’histoire de notre système de radiodiffusion, un réseau composé de stations de télévision en direct consacrer une si faible proportion de son budget à la production de nouvelles de catégorie 1! L’entreprise de Montréal (qui possède également des stations de télévision à Québec, Sherbrooke, Trois-Rivières et Saguenay) affectera aux nouvelles de catégorie 1 3,2 millions de dollars de son budget total de programmation qui s’élève à 47,3 millions de dollars, ce qui représente une proportion de 6,9 % de ses coûts de programmation. En 2007, la dernière année complète pour ce réseau, TQS – depuis peu administré par Remstar Diffusion – avait alloué aux nouvelles 27,8 % de son budget. On est loin des 6,9 % que propose Remstar pour la prochaine saison!
  Je comprends qu’en mode de relance et de restructuration financière, un télédiffuseur doit réduire ses coûts. Cependant, en faisant porter l’essentiel de cette réduction sur son service des nouvelles de sorte qu’au terme du processus, l’information devienne son enfant pauvre, le télédiffuseur va clairement à l’encontre non seulement des politiques que le Conseil prône depuis 40 ans, mais encore du marché lui-même.
  Selon les chiffres confidentiels auxquels j’ai eu accès, tous les autres grands télédiffuseurs en direct du pays, sans exception, ont consacré en moyenne en 2007, 23 % de leurs coûts totaux de programmation aux nouvelles de catégorie 1, ce qui n’inclut pas les émissions dites de commentaires ou d’analyse et d’interprétation de catégorie 2a). Plus précisément, en 2007, TVA, Global et CTV ont consacré aux nouvelles de catégorie 1 plus de 200 millions de dollars sur des budgets se chiffrant à plus de 1 milliard de dollars.
  De toute évidence, contrairement aux autres télédiffuseurs privés en direct du pays, les actionnaires de Remstar Diffusion ne veulent pas faire de nouvelles… une volonté inouïe au pays pour un réseau de télévision en direct! En admettant ce précédent, le Conseil va à l’encontre des politiques touchant les nouvelles, le contenu canadien et les artistes canadiens qu’il a toujours mises de l’avant.
  Plus encore, ce n’est pas par condition de licence que Global, CTV et TVA consacrent plus de 20 % de leur budget de programmation aux nouvelles locales, nationales et internationales de catégorie 1. C’est le marché qui le dicte; c’est l’intérêt de leurs téléspectateurs pour les services d’information aux heures de grande écoute qui les incite à offrir ce produit.
  Ainsi, à 12 h, à 18 h et à 22 h, pendant que les autres réseaux, privés et public, offriront de l’information à leurs auditeurs, TQS II – TQS nouvelle mouture – tentera de les divertir. Ayant à produire si peu de nouvelles de catégorie 1, il pourra les noyer dans des émissions de commentaires et d’opinion diffusées le matin ou durant les heures précédant les grands bulletins d’information de 18 h.
  À 18 h, TQS aura carte blanche pour amuser son public avec un quiz et rivaliser avec les concurrents privés et public, sans avoir à offrir de bulletins de nouvelles traditionnels. Quel exemple! Quelle exception le Conseil vient-il de faire en autorisant non seulement la modification du contrôle effectif de TQS, mais aussi un renouvellement pour une période de sept ans avant même l’expiration des licences actuelles?
  À mon avis, la réglementation par exception devrait être la phobie de tout régulateur. Or, en autorisant un télédiffuseur en direct à produire si peu de nouvelles de catégorie 1, le Conseil accorde une exception non seulement à l’échelle canadienne, mais aussi à l’échelle nord-américaine puisque les grands réseaux privés des États-Unis NBC, ABC et CBS produisent tous, après 18 h, des nouvelles que l’on pourrait qualifier de catégorie 1 dans le système canadien de réglementation.
  Au cours de l’audience, la titulaire de la licence a admis ne pas avoir demandé d’étude de marché. Autrement dit, avant de sabrer dans un service de nouvelles digne de ce nom, TQS n’a pas évalué l’incidence d’une telle réduction sur la fidélisation de son auditoire. Je suis à la fois étonné et consterné de constater que le Conseil ne fait même pas mention de la chose dans sa décision. Il s’agit là d’un raccourci que je n’oserai pas qualifier, après avoir moi-même participé à plusieurs audiences relatives à l’octroi de nouvelles licences pour des stations de radio.
  En prenant cette décision, le Conseil légitime une formule à rabais pour le système canadien de radiodiffusion. Autrement dit, il admet dans le système une exception sans précédent pour un joueur qui réduit au maximum l’offre d’information sous forme de nouvelles de catégorie 1 alors qu’il vient de refuser, dans le cadre de son rapport sur le Fonds canadien de télévision (FCT), de faire une exception pour le Quebecor Média qui proposait, non pas de diminuer, mais d’augmenter le contenu canadien sur toutes ses plateformes. Comme je l’affirmais dans mon opinion minoritaire à cet égard (Le Conseil présente son rapport sur le Fonds canadien de télévision, 5 juin 2008), je veux bien créer des exceptions pour des joueurs qui veulent pousser le système vers le haut, mais certainement pas pour des joueurs qui veulent l’enfoncer vers le bas, surtout aux dépens des services pour le public.
  Remstar Diffusion et les nouvelles locales
  Depuis son lancement en 1986, le réseau TQS a toujours été identifié à la production de nouvelles locales. C’était vrai non seulement à Montréal, mais aussi dans les autres régions du Québec. Dans plusieurs de ses marchés, dont celui de Québec – la deuxième ville en importance desservie par le réseau – TQS devançait même le diffuseur public, la Société Radio-Canada (la SRC), pour le nombre de parts de marché qu’elle détenait.
  Que nous propose aujourd’hui Remstar concernant les nouvelles proprement locales?
  Selon la formule qu’elle avance, TQS-Remstar offre neuf minutes de nouvelles de catégorie 1 en provenance des régions qui seraient diffusées pendant l’émission réseau du matin et six minutes qui seraient diffusées pendant l’émission réseau de deux heures en fin d’après-midi, de 16 h à 18 h. Donc, quinze minutes au total, provenant des régions autres que Montréal et Québec, toutes confondues. À TQS, le Québec sera vraiment coupé en deux!
  Où sont les détachements locaux, ces nouvelles très locales, mais très prisées par les téléspectateurs parce qu’elles s’adressent à leur coin de pays? Cinq minutes au total pour chacune des stations en région! Cinq minutes de nouvelles de catégorie 1 par jour pour l’actualité locale des villes et villages des régions, les conseils municipaux, les palais de justice, l’économie, l’environnement, la santé… toute l’information qui ne mérite pas d’être diffusée dans toutes les stations de la province, mais qui est néanmoins très importante pour les citoyens dans leur milieu.
  Que fait le réseau privé TVA, le concurrent de TQS, pendant ce temps? (Je ne tiens pas compte de la SRC, un service public financé principalement par les contribuables.) À 12 h 13, les régions (Québec, Sherbrooke, Trois-Rivières et Saguenay) se détachent du réseau pour diffuser 13 minutes de nouvelles locales qui n’ont pas déjà été diffusées sur le réseau, faute d’avoir retenu l’attention des chefs de pupitres nationaux. De 18 h 08 à 18 h 30, il en refait 22 minutes. Incluant les pauses publicitaires, cela donne 35 minutes au total. Quand on compare des pommes avec des pommes, le détachement pour la nouvelle exclusivement régionale qu’offre Remstar est, à cinq minutes, de six à sept fois inférieur (compte tenu des pauses publicitaires) à celui de TVA.
  Sans vouloir minimiser l’offre de Remstar, rien n’indique que TQS-Remstar ne tentera pas d’allonger la sauce en présentant une nouvelle en direct dans l’émission du matin, en la reprenant dans l’émission de l’après-midi et en la présentant sous une autre forme dans le segment de cinq minutes, sous forme de détachement local obligatoire à 17 h 45! À ce point-ci, l’exigence relative au nombre de minutes est si faible qu’on peut avancer toutes les hypothèses.
  Pendant ce temps, les stations de TVA continueront de se détacher pendant 35 minutes durant la journée pour se consacrer à la couverture locale, sans égard aux besoins du réseau. L’offre de TVA ne se compare d’aucune façon à celle de Remstar. TVA propose non seulement des insertions de 30 à 60 secondes en provenance des régions dans son émission du matin et dans ses bulletins de midi, de 18 h et de 22 h, mais encore, des reportages ou des directs en provenance des régions peuvent faire partie du conducteur de l’émission. Dans ma comparaison, je ne tiens même pas compte de tous ces chiffres puisque les offres des deux réseaux privés sont tellement asymétriques qu’elles ne peuvent même pas être comparées!
  Au moment de renouveler ses licences l’année prochaine, pourquoi TVA ne serait-elle pas autorisée à réviser substantiellement à la baisse sa couverture locale qui devra désormais souffrir la concurrence d’un quiz de TQS à 18 h?
  Après avoir admis une exception dans le paysage canadien pour un diffuseur en direct en réseau, comment le Conseil pourra-t-il souscrire à une proposition de contenu régional aussi faible?
  Alors que le temps est une « matière première » rare pour tous les citoyens, comment pourront-ils compter sur un détachement prévisible de seulement cinq minutes de TQS pour s’informer adéquatement des enjeux de leurs milieux? Comment pourront-ils se satisfaire d’une offre aussi minimale quand on sait que 44 % des nouvelles locales sont obtenues par le biais de la télévision au Canada et que dans le marché francophone du Québec, ce pourcentage grimpe même à 50 % (sondage Decima Research, juillet 2007)?
  N’est-on pas en train de dire aux diffuseurs en direct que la nouvelle exclusivement locale, c’est cinq minutes par jour! Je rappelle ici que la nouvelle locale, c’était le pain béni de TQS, sa valeur ajoutée dans la diversité des 26 stations de télévision en direct du Québec.
  Le coût de la couverture locale et les revenus de la publicité locale
  Lors de la publication de sa grande politique de 1999 intitulée La politique télévisuelle au Canada : Misons sur nos succès, avis public 1999-97, 11 juin 1999, le Conseil avait réaffirmé clairement le lien entre l’accès à la publicité locale des télédiffuseurs en direct et le service à la population locale. L’article 45 de cette politique disait : « La politique du Conseil de relier l’accès à la publicité locale à la diffusion d’émissions locales demeure en vigueur. »
  Sous l’ancien TQS, le coût des nouvelles de catégorie 1 en 2007 représentait 64 % des revenus de la publicité locale. Selon le nouveau modèle proposé par Remstar, le coût de ces nouvelles, soit 3 250 000 $, ne représentera plus qu’une tranche de 12,4 % des 26 058 500 $ de revenus publicitaires qui devraient être générés localement. De toute évidence, même exprimé en pourcentage, le volume n’est pas là.
  Par exemple, le réseau rival, TVA, consacre plus de la moitié des revenus de publicité locale à produire des nouvelles de catégorie 1 et donc, à offrir un service d’information au public. Il va sans dire que, comme tout autre diffuseur en direct, TQS pourra continuer à vendre de la publicité nationale en fonction de l’auditoire auquel elle aura accès dans les régions. D’ailleurs, la publicité locale ne représente qu’environ le tiers des prévisions de revenus publicitaires de Remstar.
  Toujours sur une base confidentielle, j’ai obtenu les chiffres des autres télédiffuseurs en direct au Canada. Aucun autre diffuseur ne consacre à la production de nouvelles de catégorie 1, une si faible proportion des revenus provenant des marchés locaux. Comme par magie, ces pourcentages varient de 52 % à 116 % pour les trois grands réseaux, soit CTV, Global et TVA. Autrement dit, ils consacrent tous au moins la moitié de leurs revenus de publicité locale à la production de nouvelles de catégorie 1. Si on ne comparait que les chiffres bruts (ce qu’il m’est impossible de faire en raison de la nature confidentielle des données), la comparaison serait encore plus odieuse tellement l’offre de nouvelles de catégorie 1 de TQS II est dérisoire, compte tenu des revenus locaux de TQS.
  Le tableau suivant fait état de cette comparaison dans l’ensemble du marché et pour l’ensemble du réseau des télédiffuseurs en direct privés du marché francophone. Il montre le coût de la production des nouvelles de catégorie 1 en fonction des revenus générés localement, indépendamment de la publicité nationale.
 

Pourcentage de revenus de la publicité locale affectés à la production de nouvelles de catégorie 1

   

TQS

TVA

TQS II

 

  Sherbrooke

20 %

24 %

 
  Trois-Rivières

22 %

31 %

 
  Saguenay

30 %

48 %

 
  Rimouski

-

46 %

 
  Montréal

86 %

74 %

 
  Québec

63 %

34 %

 
  Réseau

64 %

52 %

12,4 %

  TQS-Remstar a rétorqué qu’elle n’avait pas le choix. Cependant, selon le modèle d’affaires qu’elle propose, elle évite de réinvestir plus de la moitié des revenus générés sur le plan local. Tous les autres diffuseurs privés dans le système canadien reconnaissent implicitement cette obligation, mais pas TQS-Remstar. Et le Conseil vient de sanctionner son choix. Jamais un télédiffuseur en direct en réseau n’aura-t-il affecté une portion aussi mince de ses budgets en fonction des revenus locaux à la production de nouvelles de catégorie 1.
  Finalement, comment réconcilier la position du Conseil qui, il y a à peine quelques mois, a refusé un investissement de 300 millions de dollars à HDTV Networks Incorporated (HDTV) de Toronto, un service national de télévision numérique en direct en haute définition de langue anglaise (décision de radiodiffusion CRTC 2008-75) sous le prétexte que cette chaîne ne produisait pas suffisamment de nouvelles et de programmation locale? 300 millions de dollars contre 20 millions de dollars et le Conseil accepte les 20 millions de dollars et refuse les 300 millions de dollars! Qui plus est, contrairement à TQS-Remstar, HDTV s’engageait à ne pas solliciter de publicité locale, mais à offrir deux heures par semaine de programmation locale par marché!
  Dans sa décision, le Conseil, qui avait refusé d’offrir une période de transition comme il semble maintenant vouloir le faire pour TQS-Remstar, écrivait :
 

Le Conseil estime que la représentation locale ou régionale sont depuis toujours les éléments clés qui distinguent les services de télévision traditionnelle en direct des services spécialisés et que les services de télévision en direct sont la pierre angulaire de la diffusion de programmation locale. Tel que mentionné plus haut, la requérante a effectivement modifié sa proposition et a proposé de fournir deux heures par semaine de programmation locale dans chacun des huit marchés qu’elle souhaite desservir. Le Conseil constate cependant que la quantité moyenne de programmation locale fournie par les stations de télévision existantes dans ces marchés s’élève à plus de 22 heures par semaine. Le Conseil considère donc que la proposition révisée de programmation locale HDTV Networks ne répondrait pas aux besoins et intérêts des marchés qu’elle propose de desservir.

  Et que nous offre Remstar? Pas 22 heures, mais 10 heures à Québec. Est-on dans le même pays?
  TQS-Remstar Diffusion a eu toutes les chances de présenter un meilleur projet
  Certes, ce n’est pas tous les jours que le Conseil doit se pencher sur le plan de relance d’une entreprise qui a perdu 225 millions de dollars au fil de ses 22 années d’existence, et qu’il a devant lui un « sauveur » qui lui propose d’investir 20 millions de dollars dans le projet. C’est probablement dans cet esprit qu’il a fait preuve d’un accommodement peu commun et exceptionnel dans le système de radiodiffusion canadien.
  D’abord, passant outre aux suggestions de plusieurs participants, le Conseil a non seulement favorisé une procédure accélérée pour la modification du contrôle effectif de TQS, mais aussi il a accédé à la demande de Remstar – qui, soit dit en passant, n’a aucune expérience à titre de télédiffuseur en direct – pour un renouvellement des licences de TQS pour une période de sept ans, qui le mènera à l’horizon 2015.
  Ensuite, au début de juin, le Conseil a tenu une audience, à Québec et à Montréal et, plutôt que de rendre sa décision sur la foi d’une audience régulière, il a proposé à Remstar de revenir la semaine suivante avec une nouvelle proposition pour des nouvelles de catégorie 1.
  Les compromis du Conseil afin de relancer cette entreprise en situation de faillite technique ne se sont pas arrêtés là. Ainsi, contrairement aux règles habituelles, il a accepté de simples affidavits plutôt qu’un rapport financier en bonne et due forme. Il a relevé Remstar de l’obligation de présenter une « démo » de son émission de commentaires et d’analyse avec insertion de nouvelles de catégorie 1, présentation que Remstar avait elle-même acceptée de faire! Et il a ouvert la porte à un renouvellement des licences valide jusqu’en 2015 alors qu’il n’avait toujours pas l’assurance que les anciens propriétaires ont respecté intégralement les exigences de contenu canadien pendant les sept dernières années.
  Le Conseil n’a pas encore eu beaucoup d’écho de la part des autres entreprises de diffusion en direct, tant privées que publique, mais il est évident que cette politique de l’exception pour un malade du système canadien de radiodiffusion risque de leur porter préjudice.
  Et voilà que le Conseil veut imposer à TQS-Remstar, comme condition de licence, des demi-heures de nouvelles les fins de semaine. Régulateur qu’il était, il est soudainement devenu programmeur! L’idée se comprend : comment peut-on sérieusement envisager de servir le public sans offrir de nouvelles de catégorie 1 les fins de semaine? Néanmoins, une intervention de ce genre déborde carrément du rôle d’un régulateur public, du moins face à l’offre des diffuseurs privés.
  Le Conseil peut profiter des audiences pour amener les entreprises à reconsidérer des propositions de programmation, à modifier des formules ou à réaffecter des budgets, mais en bout de ligne, le régulateur qu’il est doit prendre acte de leur programmation et décider du bien-fondé de leur offre de services.
  Dans ma première opinion minoritaire en décembre dernier, je m’étais prononcé contre la décision du Conseil d’imposer une formule musicale à Corus Entertainment Inc. au moment d’une acquisition d’actif, particulièrement dans le contexte où la formule musicale en question n’avait produit que des déficits (décision de radiodiffusion CRTC 2007-435). Dans mon opinion, j’écrivais – de façon prémonitoire il s’avère – une phrase qui convient parfaitement au cas d’espèce devant le Conseil aujourd’hui :
 

Le Conseil a ainsi franchi un seuil de réglementation qu’il ne devait pas franchir. Il crée un précédent en demandant à un acteur important sur le marché de s’accommoder d’une formule à laquelle il ne croit pas. Ce n’est plus de la réglementation, c’est de l’intervention. En agissant de la sorte, le Conseil intervient lourdement dans le contenu, alors que le marché vient de façon magistrale d’en refuser le concept.

  Qu’un acteur important du système ne veuille plus produire de nouvelles les fins de semaine, est un indice magistral de son désintéressement absolu à produire des bulletins de nouvelles. Après avoir indiqué clairement son insatisfaction une première fois lors de l’audience de Montréal et de Québec les 2, 3 et 4 juin derniers, le Conseil n’avait qu’à prendre acte de la dernière proposition de TQS-Remstar du 12 juin et à décider en fonction de ses politiques historiques.
  En s’instituant « programmeur », le Conseil risque de devenir partie à des formules qui ne tiennent pas la route, selon la programmation des nouvelles que propose TQS-Remstar. Ainsi, les bulletins de nouvelles de catégorie 1 que le Conseil veut imposer les fins de semaine auront une durée totale de 30 minutes par jour, les samedis et les dimanches. Comment justifier autant de nouvelles de catégorie 1 les fins de semaine alors que le compte n’y sera pas en semaine? Comment être généreux les week-ends avec des nouvelles traditionnelles alors que l’actualité – plus souvent qu’autrement – tourne au ralenti les fins de semaine?
  Le Conseil n’est pas là pour dicter des choix de programmation aussi fondamentaux que les plages horaires. En agissant de la sorte, il risque de miner le plan d’affaires de cette nouvelle entreprise déjà très fragile puisqu’elle ne prévoit pas réaliser de bénéfices avant 2014. À mon sens, il s’agit là d’une dérive majeure pour le régulateur de stations de télévision commerciale.
  Dernières considérations sur le cas présent
  Le Conseil, on l’a vu, semble vouloir à tout prix éviter la faillite d’un diffuseur en direct dans le firmament québécois. L’intention est louable. Mais qu’importent les résultats à terme, ce sera trop cher payé.
  Non seulement la proposition de TQS-Remstar est inférieure à tout ce qui se fait au Canada – et je ne parle que des télédiffuseurs privés qui obéissent aux mêmes règles du marché –, mais on peut se demander si, dans la conjoncture actuelle, un troisième réseau généraliste a vraiment sa place au Québec.
  En 1986, des voix, dont la mienne, s’étaient élevées sur le danger d’établir un troisième réseau de télévision en direct. À mon avis, il n’y avait pas de marché pour un nouveau joueur commercial. Depuis, les chiffres nous ont malheureusement donné raison. La station TQS s’est révélée être un navire qui prenait l’eau, allant de déficit en déficit, malgré des cotes d’écoute qui ont parfois donné des sueurs froides à ses compétiteurs, public et privé. En fait, pendant 22 ans, TQS n’a enregistré des marges positives de bénéfices avant intérêt et impôts (BAII) que pour quatre années, dont trois de 2002 à 2004. Il s’agit sans doute d’un record mondial à consigner! Que d’actionnaires patients, pour ne pas dire téméraires! Au fil du temps, de grands talents ont quitté le navire… sans doute sentaient-ils le naufrage imminent.
  Lors de l’audience du 12 juin dernier dans la région de la Capitale nationale, TQS-Remstar a produit des chiffres propres à une comptabilité de gestion qui démontrent hors de tout doute qu’après l’affectation des dépenses du réseau, les stations locales sont déficitaires.
  Soit, mais pour revenir à notre sujet principal j’ai demandé s’il existe un seul réseau en Amérique du Nord qui fait les frais de ses services de nouvelles grâce aux seules publicités qui sont présentées durant les bulletins de nouvelles. Évidemment, la réponse est non.
  Le marché de langue française du Québec est petit. On l’a souvent dit au cours des derniers mois : le Canada représente l’équivalent du marché de la Californie; le marché de langue française du Québec, celui de San Francisco, soit six millions de consommateurs.
  Examinons la situation avec quelques chiffres. D’après les résultats de 2007, les 27 stations de télévision de l’Ontario tirent des revenus publicitaires de plus de 900 millions de dollars tandis que les 26 stations de télévision du Québec – vous avez bien lu, les 26 – en tirent moins de 400 millions de dollars. Au chapitre de la diversité des voix, quand on peut s’offrir une Honda Civic, on ne cherche pas à se payer une Mercedes… d’autant plus que les chaînes d’information facultatives occupent désormais une place sans précédent au sein du marché de langue française.
  Même si elle a les meilleures intentions du monde, Remstar n’entrevoit pas de profits avant l’horizon 2014. Donc, depuis 1986, après presque 30 ans de diffusion en direct, TQS n’aura encore qu’une rentabilité très marginale, nettement en deçà des marges de BAII des autres diffuseurs en direct qui traversent pourtant une période de turbulence devant la montée en puissance d’Internet chez les jeunes de moins de 24 ans et la multiplication des chaînes spécialisées.
  Non seulement est-ce trop cher payé pour le public désireux d’être informé, mais la proposition de Remstar m’apparaît fort risquée, puisqu’on n’a pas fait la démonstration d’une programmation porteuse pour concurrencer les autres diffuseurs en direct ou les chaînes facultatives.
  Par comparaison avec le marché ontarien (pour ne retenir que lui), il y a ici un énorme déficit au chapitre des revenus escomptés. Si l’on prend la publicité totale de 392 millions de dollars pour la télévision conventionnelle (ventes locales, ventes nationales et paiements au réseau) et qu’on applique cette somme à l’écoute totale de 211 millions d’heures en 2007, on obtient pour le Québec un ratio de 1,86 $ par heure d’écoute hebdomadaire, ce qui se compare à 2,74 $ pour l’Ontario, avec ses 900 millions de dollars de revenus et 329 millions d’heures d’écoute.
  Les Québécois ont beau écouter la télévision davantage que les Ontariens, ils n’arrivent pas à séduire les annonceurs pour que ceux-ci investissent davantage dans des produits de publicité télévisés. En clair, la vigueur du marché publicitaire du Québec est de 32 % inférieure à celui de l’Ontario alors que les deux marchés doivent faire vivre à peu près le même nombre de stations, soit 26 contre 27. Réalise-t-on qu’en 2007 le Groupe TVA a réalisé un bénéfice d’exploitation de seulement 50,3 millions de dollars, en incluant tous les bénéfices de ses services analogiques et numériques, de Sun TV, de la maison de production TVA Productions inc., de la production commerciale TVAccès et du télé-achat, contre 59 millions de dollars, soit 9 millions de dollars de plus pour la seule chaîne spécialisée de sports TSN appartenant à CTVglobemedia? Autant dire que sur une base comparative le pactole n’est pas là!
  Et le Conseil, par sa décision, est prêt à faire tous les compromis pour maintenir en ondes un joueur débutant qui risque de continuer de grignoter le marché publicitaire des secteurs privé et public déjà mis à mal par la fragmentation de l’audimat. Et on présume qu’il s’agit là d’une hypothèse optimiste! Le moment serait-il opportun pour souhaiter bonne chance aux futurs créanciers? Un fait demeure : dans un marché de petite taille comme celui du Québec, la nouvelle TQS fera face à deux autres diffuseurs en direct, dont les moyens financiers semblent bien supérieurs à ceux de Remstar, qui nous offre pour commencer cinq années consécutives de déficit.
  Comment TQS s’y prendra-t-elle pour fédérer ses auditeurs et respecter ses obligations en matière de contenu canadien, si elle ne présente pas de nouvelles? Voilà une question fondamentale qui est restée sans réponse à l’issue des quatre journées d’audience.
  Quant à la formule « Analyse et interprétation » proposée par TQS-Remstar pour meubler une programmation locale différente de la catégorie 1, j’ai noté avec intérêt les interventions du Conseil de Presse du Québec et des représentants du Parti québécois.
  D’abord, le Conseil de Presse du Québec a déclaré par la voix de son président, M. Raymond Corriveau :
 

[…] ce que les gens nous ont dit c’est qu’en bout de ligne, il y a une quantité inouïe d’information sur internet non validée, les sources peu crédibles, et toute la question de la position éditoriale, même pas la position éditoriale, la chronique, l’opinion, les gens en ont ras le bol, les gens nous disent : on ne veut pas se faire dire quoi penser, on veut se faire donner les moyens de penser. Donc, ils veulent des faits…

 

Pour conclure, disons que le Conseil de Presse estime que la demande de licence telle que présentée par TQS doit être rejetée par le Conseil au motif qu’elle élimine les services de nouvelles locales, à moins que des modifications majeures soient apportées, évidemment. À nos yeux, le remplacement de nouvelles générées par des professionnels de l’information, par du contenu d’opinion et du journalisme citoyen dont la formule demeure à valider ne constitue pas la diversité des voix en information.

  Ensuite, le Parti québécois, représenté par sa présidente, Mme Monique Richard, a déclaré le 3 juin dernier à Québec :
 

[...] un problème fréquemment rencontré en région, c’est que l’information s’est transformée.

 

Les bulletins d’information sont devenus des émissions d’opinion, d’émotion, on en a parlé, on a parlé énormément de critiques, et j’ai presque envie de vous dire que le commentaire ou la chronique, ça peut être un choix, mais que l’information c’est un droit reconnu dans cette société et une information rigoureuse et de qualité.

 

La nouvelle a été remplacée par le commentaire et je pense qu’on estime que le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes doit analyser toute demande de transfert de licence en ayant en tête le maintien d’un véritable travail journalistique régional, c’est garant de qualité et de rigueur.

  Lors de l’audience, TQS a fait grand état des baisses des cotes d’écoute pour l’ensemble des télédiffuseurs de langue française. Soit. Cependant, je ne crois pas que la situation soit aussi sombre qu’on veuille nous le faire croire, surtout si l’on tient compte de la production et de la rediffusion de nouvelles sur les sites Internet des télédiffuseurs en direct. Tout dépend du produit. En ce qui concerne TQS, on appréciera éventuellement le nombre de nouvelles exclusives qu’elle sera en mesure de générer avec sa nouvelle formule et le choix qu’elle fera entre les journalistes appartenant à une unité syndicale ou les journalistes associés à la production indépendante.
  Au demeurant, lorsque les administrateurs actuels de TQS affirment que les nouvelles de catégorie 1 n’ont plus le succès des années passées, ils font principalement référence aux bulletins de nouvelles de fin de soirée. Dans les faits, des chiffres récents pourraient indiquer une toute autre tendance. Par exemple, depuis quelques semaines, les réseaux d’information continue, soit LCN et RDI, cumulent des parts de marché d’environ six pour cent. Peut-être ai-je tort, mais je ne connais aucun endroit ailleurs dans le monde où les chaînes d’information continue rassemblent autant d’auditoire. Il y a deux semaines, le réseau TVA a obtenu pour la première fois à compter de 17 h, une cote d’écoute supérieure à un million de téléspectateurs pendant trois demi-heures d’affilée. Qui dit mieux dans le système de radiodiffusion canadien? Et Remstar – qui ne s’est même pas donné la peine de faire une étude de marché – vient affirmer péremptoirement que les nouvelles sont de moins en moins en demande par le public. Qui croire : Remstar ou les cotes d’écoute?
  Je pourrais m’étendre sur plusieurs pages encore pour exprimer les raisons qui m’amènent à me dissocier du Conseil et faire valoir mon opinion minoritaire, mais je crois que mes arguments sont amplement démontrés.
  Je m’en voudrais de ne pas terminer par un petit tableau. Il reprend et illustre que : a) pour ce qui est de la production de nouvelles de catégorie 1 en fonction de l’ensemble des dépenses de programmation, TQS II dépense trois fois moins que les autres grands diffuseurs en direct au Canada; b) en fonction des ventes de publicité locale, TQS II consacre quatre fois moins que les autres grands diffuseurs en direct à la production de nouvelles de catégorie 1; c) même après cinq années de déficits déjà prévus, son premier BAII positif prévu pour 2014 ne sera que de 4,9 % comparativement aux plus faibles BAII enregistrés par les télédiffuseurs en direct en 2006 et en 2007, qui ont été respectivement de 4,2 % et de 5,2 %. La moyenne des 10 dernières années pour les télédiffuseurs conventionnels a été de 14,09 %.
 

Comparaison entre TQS-Remstar et les autres diffuseurs en direct du Canada

   

TQS II

Télédiffuseurs en direct au Canada

  Pourcentage des dépenses pour la production de nouvelles de catégorie 1 contre les dépenses totales de programmation

6,9 %

23 %

  Pourcentage des dépenses pour la production de nouvelles de catégorie 1 contre les revenus de publicité locale

12,4 %

50 %

  Bénéfices avant impôts et intérêts (BAII)

 

4,9 % (2014)

5,2 % (2007)
4,2 % (2006)

  Les décisions que le Conseil a prises par le passé et que l’on cite dans la présente décision suffisaient largement pour refuser d’octroyer à TQS-Remstar des licences en vue d’exploiter des entreprises de télévision en direct. Le projet qui a été présenté en a fait sourire plus d’un. Les nouvelles de catégorie 1 font partie intégrante d’un rôle de diffuseur en direct. C’est, au-delà de la mission citoyenne, le prix à payer pour accéder au marché de la publicité locale. Les chaînes spécialisées, elles, n’ont pas autant de chance puisque, pour survivre, elles doivent se rabattre sur la publicité dite « nationale » et sur leurs tarifs d’abonnement.
  Faut-il préciser que, même pour les chaînes facultatives, l’argent ne tombe pas du ciel. À preuve, les 544 services de catégorie 2 à qui le Conseil a octroyé une licence mais qui n’ont pas vu le jour.
  Certes, des emplois auraient été perdus si TQS n’avait pas été rescapée par Remstar. Perdre un emploi est toujours un drame mais, comme régulateur, je suis sceptique quant à ce plan de relance et, en fonction des lois et des règlements qui nous régissent, je dois m’appliquer à protéger les avancées du système, notamment en matière d’information pour les citoyens.
  A-t-on déjà vu un diffuseur en direct présenter un plan d’affaires avec une rentabilité aussi minimale après cinq ans? Combien d’années cette exception gênera-t-elle le système canadien dont nous sommes les fiduciaires? Faudra-t-il attendre 10, 15 ou 20 ans pour mettre fin, en accord avec le diffuseur, à cette exception susceptible de nuire au système canadien?
 <



28 août 2008 : Les liens du 28 aout 2008
27 août 2008 : Les liens du 27 aout 2008
26 août 2008 : Les liens du 26 aout 2008
25 août 2008 : Les liens du 25 aout 2008
22 août 2008 : Les liens du 22 aout 2008
21 août 2008 : Les liens du 21 aout 2008
20 août 2008 : Les liens du 20 aout 2008
19 août 2008 : Les liens du 19 aout 2008
18 août 2008 : Les liens du 18 aout 2008
15 août 2008 : Les liens du 15 aout 2008

 


© 2006-2008 Le 93.3 Accueil | Programmation | Promotions & Concours | Nouvelles  | Nous joindre | Blogue | Écoute"Live" | Webcam | Écrire en studio | Demandes spéciales
PUBLICITE


LA METEO