Croyez-vous à
l'âme soeur ?
Dans un océan de coeurs solitaires, croyez-vous qu'il existe un coeur à la dérive qui vous est personnellement destiné ?
Josey reçoit en studio Pierre Rioux, psychosociologue.
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Pierre Rioux
Pierre Rioux est psychosociologue mais il aime à se définir comme "spirituologue" ou "intranaute". Chercheur de l’intérieur et curieux du sens de l’existence humaine, il s’intéresse depuis de nombreuses années à la spiritualité et à la méditation. La spiritualité doit être réelle, dit-il, c’est-à-dire que sa compréhension doit nécessairement éclairer notre quotidien avec ses enjeux terre-à-terre. Indéfectible croyant en l’existence de Dieu, un Dieu qui nous accompagne au quotidien, bien au-delà de la religion et de la morale des bonnes moeurs. Il est convaincu que Dieu a un plan pour chacun de nous, que notre vie a un sens et que ce sens se révèle peu à peu à nous au fil des expériences que nous vivons et des choix que nous faisons. Ce Dieu auquel il croit, se révèle au-travers des évènements de chaque jour, des personnes que nous croisons, des inspirations/aspirations que nous avons, des imprévus qui nous déstabilisent ou nous réconfortent. Le Dieu auquel il croit est un Dieu de communication. "C’est comme si la vie était quelqu’un avec qui on peut communiquer", dit-il à qui veut bien l’entendre.
Texte de Pierre Rioux
Avant de se prononcer sur cette délicate question, il convient de s’entendre sur la définition de "l’âme-soeur".
Une recherche rapide sur Google donne accès à 2 450 000 résultats. La plupart sont axés sur "trouver" ou "rencontrer" cette fameuse "âme-soeur". De là à penser que cette croyance est bien vivante dans la culture populaire et l’inconscient collectif, il n’y a qu’un pas.
Nous pouvons raisonnablement supposer que d’une personne à l’autre la définition de ce que devrait être une âme-soeur peut varier subtilement sinon considérablement.
Les hommes y croient-ils autant que les femmes? L’un comme l’autre, ne gardons-nous pas au fond de nos coeurs un espoir caché de la rencontrer un jour? Et si je l’avais déjà rencontré sans le savoir? Tout dépend de l’idée que je m’en fais!
Pour ma part, dans la quarantaine avancée, j’ai rencontré la mienne malgré la conviction que celle-ci n’existait pas, à tout le moins pour moi. J’avais non seulement tourné le dos à la possibilité de connaître l’amour, mais aussi bien évidememnt à celle de rencontrer l’âme-soeur.
Si àcette éoque vous m’aviez demandési je croyais àl’existence de l’âme-soeur, j’aurais fait une moue désabusée et vous aurait affirmé avec détachement que cette réalité n’existe pas, ou en tout cas pas pour moi.
Mais de quoi parlons-nous exactement quand nous parlons d’âme-soeur. Loin d’avoir la définition universelle, je veux plutôt vous proposer les fruits de ma réflexion… prenez-y ce qui vous convient et laissez faire le reste. Vous pouvez aussi l’enrichir de vos propres expériences.
Tout d’abord, il me semble que la notion d’âme-soeur implique une croyance de l’existence de l’âme. Il peut être amusant de constater que beaucoup de personnes qui recherchent ou espèrent ouvertement ou secrètement trouver l’âme-soeur puissent avoir des hésitations à admettre l’existence de l’âme.
Cliquez pour consulter la définition de l'âme sur Wikipédia
Alors, croyez-vous toujours à l’âme-soeur ? Si la notion d’âme remet en question votre croyance à l’âme-soeur, vous aurez une petit contradiction à résoudre…!
Pour ma part, dans ma définition de l’âme-soeur, la notion d’âme est évidemment centrale. Sans âme, pas d’âme-soeur. Ceci étant dit, qu’elle pourrait être une définition d’âme-soeur.
Avant d’en arriver au point central de cette réflexion, je voudrais d’abord vous présenter un modèle de la personne humaine. À vous de décider s’il vous convient.
Dans cette conception de la personne humaine, la notion d’âme est évidemment fondamentale. L’âme y est vue comme le centre de la personne, le moi profond. La partie de moi qui est le plus "moi". C’est mon identité la plus réelle et la plus profonde. À ce niveau, nous sommes non seulement dans notre plein potentiel, mais nous sommes aussi tous unis. À ce niveau, nous sommes tous pour ainsi dire des "âmes-soeurs".
Cette âme est toutefois "incarnée" dans une réalité que j’appellerai : ECCI "Enveloppe Corporelle Chargée d’Information". Cette ECCI est à la fois mon corps et toute la gamme de déterminants qui constituent mon identitié en ce monde. Dans mon cas, je suis un mâle caucasien québécois de 52 ans, ayant telle apparence, ayant eu telle éducation, telle instruction, tel cheminement, telle histoire, qui a grandi dans telle famille, qui a pris telle et telle décision, et fait tel et tel choix…
De plus, cette âme incarnée dans son ECCI évolue dans un environnement qui a aussi ses propres déterminants et influence toute interaction avec nos semblables. Le milieu où nous vivons, d’où nous provenons, où nous nous rencontrons agit comme un filtre qui se combine au filtre de l’ECCI et biaise non seulement nos interactions avec nos semblables mais aussi la relation que nous avons avec nous-mêmes.

Ainsi je peux concevoir que la personne humaine est pourvue d’au moins deux identités. Une que nous appellerons "sociale" à laquelle nous nous identifions tous avec vigueur et une autre au niveau de l’âme, qui constitue notre moi profond et de laquelle nous sommes tous plus ou moins distants ou conscients. Nous sommes tout naturellement portés à référer à nous-mÍmes d’abord et surtout à partir de notre identité "sociale" plutôt qu’à l’identité de notre moi profond.
La raison de ce phénomène est que notre ECCI agit comme un "filtre" qui biaise l’expression de notre moi profond. Ainsi, avant même que j’aie ouvert la bouche vous voyez mon apparence, mon attitude, mon comportement, mon sexe, mon âge, ma race et le tout se complexifie si je commence à m’exprimer verbalement dans un contexte environnemental qui influence l’ensemble de l’interaction. Ce filtre biaise nos relations et nous colle à notre identité "sociale". Pour chaque personne rencontrée, l’interaction se situera toujours d’abord au niveau de l’ECCI. Peu d’entre-nous avons accès au moi profond de l’autre. Nous avons déjà peine à nous centrer sur notre propre moi profond, alors vous comprendrez que de saisir celui de l’autre n’est pas une mince affaire.
Voici maintenant, basée sur ce modèle, une définition de l’âme-soeur.
L'âme-soeur est une personne ayant une ECCI compatible avec la mienne et favorisant de la sorte, une plus grande capacité
à se percevoir l'un l'autre au niveau du moi profond et à interagir à ce niveau.
Cette compatibilité existe à un niveau suffisamment profond pour justifier une relation durable et un désir d’engagement. Par niveau suffisamment profond, j’entends une compatibilité des valeurs, des croyances, des aspirations, le tout agréablement enrobé dans une chimie sexuelle suffisante.
Cette compatibilité favorise la prise de conscience du moi profond ainsi que la communication à ce niveau. Mais attention, car l’enveloppe corporelle chargée d’information, l’égo, peuvent constituer des obstacles à cette communication.
Finalement, la rencontre avec l’âme-soeur peut être agréable mais peut aussi être très exigeante car elle contient un potentiel de croissance qui peut exiger un dépassement au-delà de ce que nous croyions nécessaire et même possible. Ceci peut expliquer que j’aie peut-être déjà rencontré mon âme-soeur, mais choisi de rejeter cette relation parce qu’elle était trop exigeante.
Dans son magnifique roman : "Un pont sur l’infini" Richard Bach (Jonatan Livingstone le Goeland, Un messie récalcitrant, etc.) raconte comment il a tout plaqué pour partir à la recherche de son âme-soeur. Après maintes péripéties, il la trouva finalement, mais connu de nombreuses difficultés à s’adapter à sa nouvelle relation. En lisant ce livre, nous comprenons que trouver son âme-soeur n’équivaut pas nécessairement à trouver une relation où tout est simple et facile. Au contraire, cette relation l’a obligé à se dépasser, à se remettre en question, à évoluer. Avant d’en venir à cette décision, il aura toutefois tenté de mettre fin à la relation car il la trouvait trop pénible. Il n’y parvint heureusement pas et finit par vivre la relation la plus satisfaisante qui soit en assumant son potentiel de croissance et de dépassement.
Pour sa part, Barbara De Angelis, sexologue américaine réputée, dans son best-seller : "Are you the one for me" nous explique comment la notion de "compatibilité" est essentielle pour développer une relation saine. L’auteure nous explique dans ce livre extrêmement bien fait les 10 pièges à éviter dans nos relations amoureuses. Elle nous propose ensuite le concept de "compatibilité" pour nous guider dans le choix d’un-e partenaire approprié-e. Cette compatibilité est la combinaison de plusieurs aspects fondamentaux de notre personnalité qui nous procure un sentiment de "syncronicité" l’un avec l’autre : une énergie positive réciproque qui nous permet d’évoluer ensemble et de persévérer dans l’engagement en dépit des difficultés, des exigeances et des enjeux.
Un mot sur l’engagement en terminant. Au cours des relations passées que j’ai vécues, j’en ai connues des éphémères et d’autres plus durables. Aujourd’hui, marié, engagé et père de quatre enfants je reconnaîs qu’une relation amoureuse est exigeante et ne donne son plein potentiel que dans l’engagement. Nous pouvons croire à tort que trouver l’âme-soeur garantisse une relation "facile". Mon expérience m’apprend que ce n’est pas nécessairement le cas – mais que, quoiqu’il en soit, l’âme-soeur ne se révèle que dans l’engagement et ceci, en dépit des difficultés, permet de vivre la relation amoureuse la plus satisfaisante qui soit.

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