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BLOGUES 933 : Analyse moi ça

Huguette Charest 10 avril 2008

Une folle histoire d'amour et d'audace

(Article publié dans le magazine Madame, texte écrit par julie Stanton)

 

Adoptez !

«À toutes les femmes seules qui voient leur vie s'écouler sans avoir réalisé leur désir d'enfants, je dis: "Adoptez, bon Dieu!" Même si vous croyez avoir dépassé l'âge des maternités, vous serez surprises des possibilités qui s'offrent à vous. Un, deux, trois, quatre, cinq enfants, il n'y a pas de limites à l'amour. Au risque de passer pour une super naïve ou une "flyée" totale!»

À 62 ans, Huguette Charest est demeurée la battante qu'elle a toujours été depuis son adolescence passée dans le petit village minier de Sullivan, en Abitibi, où elle est née de parents issus des premières générations de défricheurs. Celle qui est aujourd'hui la maman de Maritée, Rébecca, Laurence, Clara et Coralie (nommées selon leur ordre d'arrivée au Québec) a engrangé en quantité astronomique la confiance en la vie, l'altruisme et l'espérance. Un héritage transmis par ses géniteurs qui ont su relever les défis posés par la santé fragile du père, homme courageux mais grand cardiaque, et les aléas d'un magasin général desservant à peine une centaine de familles dont ils étaient le point de ralliement.

Élevée au sein d'une tribu de sept rejetons, dirigée d'une main ferme par sa mère, une maîtresse femme demeurée veuve dans la mi-quarantaine, Huguette Charest a mené sa barque de Sullivan à Québec, de l'École normale au cours classique, du baccalauréat en littérature à l'enseignement, en passant par une foule d'expériences – dont l'ouverture d'une garderie et la co-fondation du théâtre jeunesse Le Gros Mécano – au cours desquelles elle a réalisé combien elle adorait les enfants. «Le hic, c'est que je n'avais pas, mais pas du tout, envie de me marier! Ni d'être en couple. Bien sûr, j'ai été courtisée. Mais, à l'époque, les garçons de mon patelin ne possédaient pas beaucoup d'instruction et ils ne m'intéressaient pas. Plus tard, j'ai ressenti un profond sentiment d'affection pour un copain, aujourd'hui décédé, avec qui j'avais de nombreuses affinités. Seulement, il était gai. Et puis, j'ai eu aussi un grand amour. Mais, lui, il était non seulement alcoolique mais aussi workaholic. Pas question de m'embarquer dans une telle relation pour fonder une famille…»

Généreuse, vive et enjouée, la belle Huguette se livre avec franchise, avouant qu'elle avait même espéré tomber enceinte d'un amant de passage au temps de l'amour libre! À la mi-trentaine, après cinq tentatives infructueuses d'insémination artificielle pratiquées à Montréal, («On m'avait refusé une telle intervention à Québec à cause de mon statut de célibataire.»), elle décide de fermer le dossier et de profiter autrement de sa vie. Une belle vie qu'elle partage entre le travail, les voyages, les activités culturelles, les amitiés, et la complicité qui la lie notamment à Marjolaine et à Guylaine, les deux sœurs qui la suivent de près. «Puisque j'avais peu de chances de procréer, selon les résultats d'une laparoscopie, je trouvais plus sain d'en finir avec cette obsession de l'enfant. Je venais d'avoir 40 ans. J'étais heureuse d'enseigner la littérature. Et mes revenus de célibataire me permettaient de concrétiser plusieurs de mes projets, dont l'achat d'un petit condo au cœur de la Vieille Capitale.» Huguette Charest était loin alors de se douter du destin qui l'attendait.

Dix ans passent…En traçant à voix haute le bilan de sa vie, le jour où elle fête ses 50 ans sur une plage magnifiquement déserte d'Ogunquit sous décembre, la nouvelle quinquagénaire confie à sa sœur à quel point elle est chanceuse d'avoir pu réaliser toutes ses aspirations, mise à part celle de n'avoir pu devenir mère. Mais la phrase demeure en suspens. Un ange passe. Puis, foudroyée par l'évidence, elle lance dans un cri du cœur: «Ah, ben, là, j'ai 50 ans! Il ne me reste pas beaucoup de temps. Je vais le faire, oui, je vais avoir des enfants. La personne qui va essayer de me mettre des bâtons dans les roues n'est pas encore née!» Longtemps persuadée qu'elle ne pouvait pas adopter en tant que célibataire, puis, au fil du temps, à cause de son âge, Huguette Charest décide de profiter de l'élargissement des règles en la matière pour foncer. Plus encore, elle convainc Marjolaine, divorcée avec un enfant, d'entrer dans la danse. De retour à Québec, elles donnent immédiatement rendez-vous à Guylaine. Pas question de la tenir à l'écart de leur fabuleux projet. Elles la mettront au courant à la fin du repas de retrouvailles. Mais celle-ci est à peine assise que ses sœurs lui font part de leur belle folie. Avec, pour résultat, que Guylaine, redevenue célibataire après deux unions à l'intérieur desquelles elle a vécu plusieurs fausses couches, se lance aussi dans l'aventure.

Le 30 octobre 1995, grâce à la corporation Accueillons un enfant, deux poupons arrivent d'Haïti en provenance d'un orphelinat de Port-au-Prince: le Maxime de Marjolaine et le Thomas de Guylaine. «Moi, je désirais une fille. En juillet, j'ai su que celle qu'on me destinait venait de naître de parents qui avaient manifesté leur désir de la confier à l'orphelinat. En janvier, j'accueillais Maritée à l'aéroport de Mirabel», raconte Huguette Charest en me présentant une superbe photo sur laquelle apparaît Maritée en compagnie de ses sœurs d'adoption. Au cours des 11 années suivantes, soit de 50 à 61 ans, l'audacieuse Huguette ouvrira en effet ses bras à quatre autres fillettes dont l'âge s'échelonne aujourd'hui de 8 à 15 ans. «Chaque fois que j'ai décidé d'agrandir la famille, je n'ai jamais pu me résoudre à choisir l'enfant, me contentant seulement d'indiquer que je désirais des filles. Ça me déchirait trop de penser que, d'une certaine façon, les autres auraient été laissées pour compte par ma faute. La seule que j'ai eue bébé est Maritée. Les suivantes avaient toutes entre 2 et 5 ans. En 2005, alors que je croyais avoir bouclé la boucle, mon amie Marie-France, qui m'a accompagnée de son soutien dans toute cette aventure, m'a demandé, au retour de Port-au-Prince, de trouver une famille pour une belle grande fille de 10 ans difficilement adoptable en raison de son âge. J'ai craqué devant sa photo. En raccrochant le téléphone, je me suis dit: pourquoi pas moi? En alignant les colonnes de positif et de négatif, je n'ai rien trouvé à inscrire dans cette dernière! Si j'avais de l'amour et de l'énergie pour quatre enfants, j'en aurais pour cinq. J'ai donc deux filles de 11 ans, Coralie et Maritée.»

L'équilibre

Faisant fi des idées reçues voulant que les enfants soient surtout une source de problèmes et de lourdes responsabilités restreignant la liberté, et même si elle avait été souvent témoin des difficultés vécues par les élèves issus de familles défavorisées, Huguette Charest a toujours suivi la voie de son cœur.

S'organiser

Exit la Haute-Ville et le petit condo. Grâce à la vente de ce dernier, elle a pu aménager dans une vaste maison sise dans l'arrondissement Limoilou, près du Domaine Maizerets, à quelques jets de pierre de l'école Dominique-Savio fréquentée par de nombreux jeunes immigrants de Québec. Touchés par sa générosité et sa vaillance, des amis chasseurs lui font régulièrement cadeau de pièces de gibier; tandis que d'autres, coureurs d'aubaines, lui rapportent le produit de leurs récoltes des grandes surfaces alimentaires. Ce qui diminue d'autant la facture mensuelle d'épicerie qui dépasse rarement les 600$. «Je cuisine en masse! Protéines, fruits et légumes. Pas de gras ni de sucre. Des gâteries à l'occasion.» Les filles, toutes élégantes et minces, sont habillées selon leurs goûts grâce notamment aux vêtements qui circulent dans le réseau de connaissances. «Je couds
énormément. Le recyclage est d'ailleurs super-tendance de nos jours!» plaisante Huguette en ajoutant que ses obligations ne lui permettent pas d'avoir une auto. Billets d'autobus, donc, pour tout le monde. Mais, lorsqu'à la fin de l'année, le compte de banque présente un bel équilibre, et parfois même un léger surplus, on peut rêver. Des projets prennent forme. Celui qui habite actuellement Huguette, c'est de partir en Europe avec toute sa «trâlée» une fois qu'elle sera à la retraite, c'est-à-dire dans trois ans.

«Évidemment, ce sera une expédition petit budget. Mais c'est envisageable. Bien que, comme tous les parents, je suis heureuse de souffler quand elles sont couchées, je suis plutôt du genre velcro avec mes filles! Je ferais ma vie avec elles accrochées à mes basques à longueur de journée! Quand je vais quelque part, je suis toujours surprise de constater que je ne peux pas toujours les y amener. Mais, c'est bien ainsi. Car je veux leur transmettre le sens des responsabilités et de l'autonomie. Elles doivent apprendre aussi à voir la femme en moi, pas seulement la mère.» Une mère aux cheveux blancs qui a choisi de ne pas s'en laisser imposer par la forte personnalité de ses filles qu'elle décrit comme des survivantes. Qui, en vieillissant, cherchent à mettre son amour à l'épreuve en la testant à travers des sursauts de petites rébellions propres à l'adolescence, oui, mais aussi reliées à leur passé. Malgré le climat d'amour exceptionnel dans lequel baignent Maritée, Rébecca, Laurence, Clara et Coralie, Huguette Charest dit avoir vite compris que les enfants adoptés cherchent constamment à vérifier le lien de sécurité qui les unit à leurs parents, certains ayant été abandonnés deux ou trois fois. «Mes filles sont codées comme ça. Je me dois de les rassurer par toutes sortes de moyens autant affectueux qu'impératifs. Elles auront beau me faire les pires coups, jamais je ne les rejetterai. Je leur ai fait comprendre que je les avais adoptées pour enrichir ma vie. Pas pour la briser. Alors, aussi bien privilégier l'harmonie», confie Huguette, vibrante d'émotion, en reconnaissant qu'il lui a fallu doigté et compréhension pour aider les filles à cheminer à travers les ajouts successifs de sœurs !

Les filles

La porte s'ouvre. Je fais connaissance avec mesdemoiselles, en ayant en tête ce que leur mère m'en a dit. Voici Clara, grande amoureuse des livres, qui mord dans la vie comme dans une pomme. Et puis, Coralie la terrienne, une force de la nature dotée d'une détermination peu commune. Maritée suit, «douce et paisible comme une biche auprès de la rivière». Puis Rébecca, la contestataire, douée de tous les talents dont celui de la danse…et qui veut tout, tout de suite! Et, enfin, Laurence, la plus intériorisée des cinq, qui rêve de se rendre aux Jeux olympiques récolter une médaille d'or en athlétisme. Nous parlons des études, de projets. Et de rallonges de cheveux!

Resplendissante de fierté et de tendresse, Huguette Charest confie dans un dernier aveu qui lui allume les prunelles: «J'aimerais encore adopter un bébé! Mais, à mon âge, on refuserait peut-être ma candidature. Et puis, j'ai décidé de privilégier la qualité de ma présence auprès des filles et de leur consacrer tout le reste de mon énergie. Chaque fois que je prends une décision à leur égard, je me demande si c'est la bonne. Ce n'est pas toujours reposant! Mais, dans l'incertitude, je n'hésite pas à consulter mes sœurs ou Marie-France, parfois le psychologue. Au début, lorsqu'on a su que j'adoptais seule, certains n'ont pas hésité à me prédire l'enfer. Ils se trompaient. Je suis aussi gaga de mes filles que je l'étais à l'arrivée de Maritée! Et puis, Marjolaine, Guylaine et moi, nous nous sommes toujours beaucoup entraidées. Même aujourd'hui, nous n'en revenons pas de notre aventure! Je pense que nous avons encore de la difficulté à réaliser que ces enfants venus d'ailleurs sont vraiment les nôtres. C'est un  véritable bonheur.»

Pour en savoir plus
• Sur la quarantaine de pays avec lesquels le Canada a des ententes en matière d'adoption internationale, seule une dizaine acceptent l'adoption par une femme seule.

Accueillons un enfant, 2900, chemin des Quatre-Bourgeois, bureau 203, Québec G1V 1Y4. Tél.: 418 651-2608. www.accueillons.org .

Soleil des Nations, C.P. 20025, Trois-Rivières Ouest (Québec) G8Z 4T9. Tél.: 819 693-3223. www.soleildesnations.org.


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RECHERCHÉS

 Analyse-moi ça est à la recherche d'histoires hors de l'ordinaire : des histoires choquantes, des histoires bouleversantes, des histoires troublantes... bref, Analyse-moi ça veut connaître votre histoire !

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Si votre profil correspond à l'un des énoncés suivants :

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Contactez Carlo, recherchiste de Josey Arsenault, en composant le 687-9330 poste 811. Vous pouvez également lui écrire un courriel : carlo@le933.com

Qui sait, peut-être êtes-vous un individu recherché !





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